Les oubliettes

Les oubliettes, ce n'est pas ce que l'on imagine!

Oubliette

Oubliettes de la prison de la Bastille à Paris - Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, par Eugène Viollet-le-Duc.
Oubliettes du château de Pierrefonds, d'après Viollet-le-Duc.

Les oubliettes sont des cachots souterrains des châteaux et des forteresses. Comme leur nom l'indique, les prisonniers qui y séjournaient n'avaient pas vocation à les quitter vivants.

En réalité, ce terme est une invention postérieure au Moyen Âge. L’archéologie a fréquemment démontré que les prétendues oubliettes étaient les fosses des latrines ou bien des celliers, caves, réserves, entrepôts servant notamment à garder la nourriture au frais. Ainsi les os correspondant aux débris de cuisine ont souvent été pris pour les restes des victimes des oubliettes.

Dans les châteaux médiévaux, il arrive que l'on présente souvent à tort comme oubliettes des caves profondes à un, voire deux niveaux, dont l'accès se faisait par une ouverture dans la voûte, ouverture qui se fermait, au moyen d'une trappe en bois ou d'une grille, dans le sol de l'étage supérieur. On ne pouvait donc y descendre que par une échelle ou une corde. Ces caves se situent généralement dans le soubassement des tours. Mais elles ne servaient, dans la majorité des cas, que d'entrepôt à vivres. Occasionnellement, elles ont pu, il est vrai, être utilisées comme cachots, mais là n'était pas leur destination première.

Les véritables oubliettes sont rares.

En France, on n’en dénombre en effet que quelques rares exemples : forteresse de la Bastille, le Château de Pierrefonds, de l'Herm à Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, la citadelle de Blaye et quelques autres. Les oubliettes du château de Pierrefonds ont d'ailleurs été minutieusement étudiées, décrites et dessinées par Viollet-Le-Duc lorsqu'il entreprit la restauration de cet édifice durant la seconde moitié du XIXe siècle.


Ce qui différencie une véritable oubliette-cachot d'une simple cave, ce sont les aménagements destinés à l'occupation humaine, notamment les latrines. On y trouve aussi fréquemment des graffiti que les occupants, qui séjournèrent là plus ou moins longtemps contre leur gré, eurent le loisir de graver dans la pierre des murs. Preuve irréfutable que des hommes y furent enfermés ! Si de nombreux prisonniers, au Moyen Âge, ont pu périr de soif, de faim, de froid ou de sévices dans leur prison, il faut savoir qu'à cette époque, un prisonnier de guerre - surtout s'il était riche et puissant - avait une grande valeur financière ou diplomatique. On pouvait tirer de lui une forte rançon pour sa remise en liberté ou l'échanger en contrepartie de divers avantages. Il aurait donc été stupide de laisser périr de soif ou de faim les prisonniers riches et puissants que l'on détenait, les autres... Dans les véritables oubliettes - celles que l'archéologie a identifiées avec certitude - les prisonniers disposaient de quelques aménagements censés rendre leur séjour un peu moins rude : banquettes de pierre afin de s'isoler de l'humidité du sol, latrines pour faire ses besoins, etc. Ces aménagements prouvent que l'on tenait néanmoins à maintenir les prisonniers en vie, même dans des conditions extrêmement pénibles (obscurité, froid, humidité) La nourriture leur était descendue par la trappe ménagée dans la voûte, au moyen d'une corde. Au château fort de Blaye (Gironde), qui fut englobé au XVIe siècle dans une citadelle bastionnée, l'accès aux cachots souterrains se faisait par un orifice circulaire traditionnel (appelé œil) s'ouvrant dans le sol de la cour, mais également par un étroit escalier descendant et qui était clos par de solides portes. Dans ce cas, on peut considérer que l'œil ouvert dans la voûte servait surtout à éclairer un peu ce profond cachot tandis que l'escalier servait à introduire ou extraire les prisonniers de la cellule et à leur porter de la nourriture.

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