Le Gibet de Montfaucon

Au Moyen Âge ,  on pendait surtout les voleurs.

La prison coûtait cher, et rendre la justice était avant tout une source de revenu pour les Seigneurs féodaux, 

 on ne s'embarrassait pas trop de frais pénitentiaire, dés lors, 76 % des voleurs étaient pendus.

Dans les cas particulier de l'hérésie et de  la mort par bûcher, elle était précédée de la pendaison afin d'éviter trop de douleurs à la victime (pratique dite du retentum) ;

Pour ce faire, il fallait des gibets, le plus célébre d'entre eux, cité en particulier dans le " Notre Dame de Paris"  de Victor Hugo, est Le gibet de Montfaucon,

 

 surnommé " Fourches de la grande justice"», et qui  était le principal gibet des rois de France jusqu'à Louis XIII.

Et comment ne pas parler de ce lieu lorsque l'on traite de la Justice à Paris sous notre bon Roi Louis IX ?

Ce gibet, de grande taille, sorte de « HLM » pour pendu etait  de type "fourches patibulaires".

Les fourches patibulaires étaient un gibet constitué de deux ou de plusieurs colonnes de pierres sur lesquelles reposait une traverse de bois horizontale. Placées en hauteur et bien en vue du principal chemin public, elles signalaient le siège d'une haute justice, et le nombre de colonnes de pierre indiquaient le titre de son titulaire.

Les condamnés à mort étaient pendus à la traverse de bois et leurs corps étaient laissés sur le gibet pour être exposés à la vue des passants et dévorés par les oiseaux de proie.

L'expression fourches patibulaires s'écrit habituellement au pluriel bien qu'on la retrouve parfois au singulier.

Les fourches patibulaires sont apparues au début de XIIe siècle. Les plus célèbres étaient celles de la prévôté de Paris : le gibet de Montfaucon, à la porte de Paris (entre le faubourg Saint Martin et celui du temple). Ce gibet avait été installé sous Philippe le Bel à l'instigation de son ministre et conseiller, Enguerrand de Marigny, qui y fut lui-même pendu après la mort de Philippe le Bel.

Les fourches patibulaires étaient en général situées sur une hauteur, en limite de la seigneurie et au bord d'un grand chemin, afin d'être bien en vue des voyageurs et d'impressionner les malfaiteurs.

Malgré le caractère macabre de ces constructions et la mauvaise odeur qui s'en dégageait, le voisinage des fourches patibulaires était souvent garni de cabarets, car les pendaisons étaient un spectacle très couru au Moyen Âge.

Le nombre des piliers des fourches patibulaires variait suivant la qualité des seigneurs qui les construisaient : seul le roi pouvait en avoir autant qu'il voulait, les ducs en avaient huit, les comtes six, les barons quatre, les châtelains trois et les simples gentilshommes hauts justiciers deux. Tout haut justicier devait posséder des fourches patibulaires qui manifestaient son pouvoir de justice.

 Où l'on retrouve Montfaucon :

Execution à Montfaucon

Le gibet était érigé sur une butte ayant appartenu jadis à un comte Falco ou Faucon d'où son nom « mont-faucon ». Il se situait au nord-est de Paris, dans un quadrilatère délimité de nos jours par le canal Saint-Martin, la rue des Écluses-Saint-Martin, la rue Louis-Blanc et la rue de la Grange-aux-Belles qui était à l'époque la route conduisant à Meaux. C'est de cette dernière que partait le sentier y conduisant.[1]

Le gibet était formé d'un parallélogramme en pierre long de 12 à 14 mètres (6 à 7 toises), large de 10 à 12 mètres (5 à 6 toises) et haut de 4 à 6 mètres (2 à 3 toises) sur lequel une rampe permettait d'accéder. Sur cette base reposaient seize piliers de pierre d'une dizaine de mètres de haut (32 ou 33 pieds), 6 alignés dans la longueur, 5 sur chacune des 2 largeurs, reliés entre eux par des poutres en bois auxquelles s'accrochaient les chaînes qui supportaient les corps qu'on y laissait pourrir ou se dessécher. Il pouvait y en avoir cinquante simultanément.

 Dans une espèce de cave, contenue dans la base même, étaient jetés les restes des suppliciés par une trappe centrale. Il arrivait que les cadavres provenant d'autres lieux d'exécution de Paris y soient également rassemblés. Si Viollet-le-Duc déduisit que l'édifice devait avoir 3 niveaux de poutres, de nombreuses gravures le représentent avec seulement 2.

Quoi qu'il en soit, sa taille et son allure étaient particulièrement imposantes, et de nature à impressionner et à dissuader quiconque de commettre le moindre acte illégal.

Il fut construit probablement au XIIIe siècle en remplacement de gibets en bois, peut-être à la requête d'Enguerrand de Marigny qui devait lui-même y finir pendu.

A plusieurs occasions, il dût être restauré, périodes pendant lesquelles les pendaisons et autres expositions de cadavres s'effectuaient sur des gibets provisoires dressés à proximité.

Les dernières exécutions eurent lieu vers 1629 et Montfaucon était quasi-abandonné dès le milieu du XVIIe siècle. Ses abords furent transformés en plâtrières, puis progressivement intégrés à l'expansion de peuplement de Paris. Il fut détruit en 1760 et reconstruit, comme simple symbole, sur le territoire de La Villette sous le nom de voirie de Montfaucon. Aucune exécution n'y était pratiquée mais les corps de suppliciés d'autres lieux de la capitale, comme ceux de la place de Grève, y étaient inhumés. Après le 21 janvier 1790, les piliers restants furent abattus. Aujourd'hui, aucune trace visible du gibet ne subsiste.

Pour finir, si l'on parle de Montfaucon, il me semble bon de parler de son plus

célébre evocateur:

C’est la plus connue des Ballades de notre poète-truand, né en 1431, l’année de la crémation de Jeanne d’Arc, mort après 1463, ayant échappé certes de justesse au gibet (la potence est individuelle, le gibet présente l’avantage technique d’une mise à mort en groupe, (cf. cinq, si(x)), mais disparu après son bannissement de dix ans. Notre poète s’est bien rapidement montré chatouilleux de la gorge. Ainsi, ce court quatrain de présentation :

Je suis François, dont il me poise

Né de Paris, emprès Pontoise,

Et de la corde d’une toise

Saura mon col que mon cul poise (=pèse)

 Montre son humour noir. Est-ce de l’esprit ecclésiastique ? Notre François de Montcorbier, dit des Loges, orphelin de père, a été confié au chanoine Guillaume de Villon. Brillant élève, il est reçu bachelier, puis obtient sa licence en 1452, en adoptant le nom de son bienfaiteur… Las ! La guerre de cent ans a vu s’abattre sur Paris famine, épidémies, bandes de loups, et bandes de… loubards : les étudiants sont bien souvents des voyous. Au cours d’une dispute, Villon blesse mortellement son adversaire ; il quitte Paris sans attendre, puis y revient pour y fracturer le Collège de Navarre. Un de ses complices soumis à la question  évoque la lourde responsabilité de notre petite frappe dans ce forfait : Villon reprend la route de l’exil ; il se retrouve dans les geôles de Charles d’Orléans, malgré l’admiration de ce dernier pour notre auteur.

Derechef, un nouveau séjour en 1461, et Villon est libéré sur intervention de Louis XI ; l’affaire du Collège de Navarre remonte à la surface et Villon de trouver rien de mieux à faire que de mettre à sac l’étude du notaire chargé de l’affaire…

 Et de se retrouver condamné à la peine de la Hart (la corde !).

D’où la rédaction de notre épitaphe...

L'Épitaphe de Villon ou " Ballade des pendus "

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.


                                                   Excusez-nous, puisque sommes transis,
                                                   Envers le fils de la Vierge Marie,
                                                   Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
                                                   Nous préservant de l'infernale foudre.
                                                   Nous sommes morts, âme ne nous harie,
                                                   Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

                                                   La pluie nous a débués et lavés,
                                                   Et le soleil desséchés et noircis.
                                                   Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
                                                   Et arraché la barbe et les sourcils.
                                                   Jamais nul temps nous ne sommes assis
                                                   Puis çà, puis là, comme le vent varie,
                                                  A son plaisir sans cesser nous charrie,
                                                  Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
                                                  Ne soyez donc de notre confrérie ;
                                                  Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

                                                  Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
                                                  Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
                                                  A lui n'ayons que faire ne que soudre.
                                                  Hommes, ici n'a point de moquerie ;
                                                 Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre

 

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